Si Gressy m’était conté
Si Gressy-en-France m’était conté…. où la petite histoire d’un village de la vieille « France » Il était une fois un lieu habité depuis la préhistoire…
Et dont le nom vient du latin « Gratiacum » - lieu de grâce, c’est à dire endroit agréable. Qui oserait en douter en parcourant ce village enchâssé dans son écrin de verdure avec ses ruisseaux et ses cascades, ses oiseaux et ses fleurs ? C’est en 1180 que Raoul de Gressy, petit seigneur de ce lieu béni fonda l’église dédiée à saint Denis, sa fille Eustachie poursuivit son oeuvre. L’église renferme deux très belles pierres tombales du début du XIII e siècle, classées : ce sont celles des fondateurs. C’est au milieu du grand siècle de Louis IV qu’apparaît la famille de Frémont, originaire de Normandie qui acquiert les fiefs de Gressy-en-France et de Moulignon (moulin) sur la Beuvronne. Il s’agit de Robert de Frémont et de son frère Nicolas ministre de Colbert.
En ses mémoires, le Duc de Saint Simon (de la famille puisque sa belle mère n’était autre que Geneviève de Frémont, femme d’une grande beauté, épouse de Guy de Durfort , Duc de Lorges et Maréchal de France), dit de Nicolas qu’il était considéré comme « le plus riche homme de France ». Robert, trouvant inconfortable le château situé à deux pas de la ferme fortifiée (site actuel du Manoir de Gressy), construira une grande demeure bourgeoise « Clairefontaine » pour y abriter sa femme et six enfants.
Il dessinera un parc avec de nombreux arbres et y tracera des canaux selon un projet par Le Nôtre. Leur blason : « D’azur à trois têtes de Léopard d’Or, posées deux et une » Les propriétaires suivants du fief de Gressy (Les Pons Saint Maurice) seront très amis avec « Carmontelle » cet artiste mondain qui ravissait la cour du duc d’Orléans et qui « croquait » si parfaitement les personnages dans ses proverbes (sorte de comédie), à la plume dans ses transparents (sorte de cinéma d’ombres chinoises) mais aussi dans ses portraits. Il aimait aussi à dessiner les jardins et les parcs. Il séjourna à Gressy en France de nombreuses fois tant à Clairefontaine que chez le Comte de Pons. A cette même époque, Pierre Joseph Macquer et son frère s’installent à Clairefontaine. Il cumule les responsabilités et devient aussi « censeur royal », c’est à dire chargé d’examiner l’intérêt et le bien fondé des découvertes scientifiques proposées au Roi. Il travaille beaucoup avec Lavoisier et ensemble ils mirent au point le verre ardent, premier four solaire. Chimiste à la manufacture de Sèvres, il fut chargé par le roi Louis XV de retrouver la composition de la porcelaine dure dont le secret était jalousement gardé par les chinois, ce qu’il réussit pleinement en 1769. C’est aussi à Gressy qu’il expérimenta l’art du teinturier en soie, rougissant ainsi les eaux de la Beuvronne à nombreuses reprises (il fut accusé de vivisection par les habitants de Gressy !)
Il avait aussi installé à Clairefontaine un petit laboratoire et un jardin botanique avec des arbres exotiques dont quelques uns existent toujours. C’était un expérimentateur génial et il serait trop long d’énumérer toutes ses découvertes. A noter aussi la rédaction d’un de ses livres, préfacé par Buffon dont il était l’ami - le Guide du Naturaliste - pour amuser le lecteur tout en l’instruisant. Il existait aussi à l’époque trois moulins : le moulin de Moulignon, le moulin Rouge et un moulin à vent situé sur la plaine, tous très actifs… ce qui n’est pas surprenant dans cette plaine de France dont la fertilité est bien connue. Après la tourmente révolutionnaire (les destructions furent nombreuse, dont le château…partiellement reconstruit en l’actuelle Mairie), le calme revint dans le petit village de Gressy qui s’endormit un peu…